La voie universelle du bouddhisme et de la médecine chinoise

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Prendre soin de soi

Dans le cancer et les maladies graves, il est essentiel de prendre soin de soi, d’avoir de la compassion et de l’amour pour son corps qui souffre. La compassion envers soi permet de réparer notre corps et guérir les blessures du cœur. Il est primordial de transformer l’essence (le Jing) des reins en vitalité d’amour et de compassion dans le cancer pour que cette énergie ne tourne pas en colère du foie ou en haine du cœur. Ainsi cette énergie de vie et de reproduction (le Jing) se transforme en énergie vitale Zhen Qi du ventre et se diffuse en énergie compatissante du cœur au centre de la poitrine. L’amour de soi n’est pas un comportement égoïste car c’est simplement le sentiment d’acceptation de soi-même. Avec l’amour de soi, il est possible d’aimer ses proches et les autres que nous côtoyons dans notre vie.

L’amour

L’amour est une énergie physique liée à l’organe cœur. Les textes anciens chinois décrivent l’amour comme l’épanouissement de l’énergie, du Qi au milieu de la poitrine. Les taoïstes apprenaient à nourrir le cœur par la source intérieure d’énergie aimante, c’est à dire en cultivant simultanément l’énergie physique de l’organe cœur (le Qi du cœur) et la qualité mentale, la compassion et la joie de vivre. Dans le bouddhisme, le Sourire Intérieure est également une tradition de cultiver l’amour, la compassion, la joie de vivre, de nettoyer et réduire les émotions pathogènes ou perverses (les Xie Qi). Chaque famille d’émotions est associée à un organe principal selon la médecine traditionnelle chinoise, les émotions sont des énergies physiologiques qui sont ciblées sur des organes spécifiques et nous pouvons contrôler et équilibrer directement ces émotions en travaillant l’énergie de chacun de ces organes au moyen du Qi Gong.

Les émotions

En médecine chinoise, les émotions positives et négatives dépendent de l’état de nos organes physiques du corps. Les organes et les glandes endocrines génèrent, emmagasinent aussi bien des émotions positives ou vertus que des émotions négatives ou néfastes. Lorsqu’un organe se vide de son énergie, devient faible, les émotions négatives perverses (les Xie Qi) s’y installent plus facilement. Cet organe peut être influencé par les autres organes selon différents cycles de relation entre eux (engendrement, contrôle normal, excès de contrôle, ou contrôle inversé) décrits en médecine chinoise. La pratique régulière de la méditation Zen et du Qi Gong permet d’équilibrer l’énergie, le Qi de chacun de nos organes et à la fois harmoniser nos émotions, c’est à dire à un meilleur contrôle de nos émotions excessives aussi bien positives que négatives. Ainsi Zazen et le Qi Gong permettent d’exercer l’esprit au bonheur infini de tous les Bouddhas.

Avoir des émotions est propice à la santé mais ce sont les excès des émotions tant positives que négatives qui nuisent à l’état de ne nos organes et de l’organisme. Dans les maladies dégénératives comme le cancer, la présence d’émotions négatives comme la colère du foie et la peur des reins peuvent également nuire à la santé et affaiblir le système immunitaire. Si en outre le malade accepte difficilement l’épreuve du cancer, ses émotions peuvent également bouleverser sa relation à lui-même et aux autres.
Il est possible au moyen de la méditation Zen et de la pratique du Qi Gong de transformer les qualités négatives des émotions en qualités positives, c’est à dire passer d’un état de souffrance à un état de bonheur en se libérant de nos attachements, de nos désirs ordinaires :

  • La colère et la frustration en sérénité et générosité.
  • La haine et l’impatience en amour, compassion et joie.
  • Le souci et l’inquiétude en ouverture et acceptation.
  • La tristesse et la dépression en courage.
  • La peur et l’effroi en gentillesse et tranquillité.

La médecine chinoise se contente de traiter les émotions, les attitudes et les comportements négatifs affectant un ou plusieurs organes en état de plénitude (SHI) ou en état de déficience (XU). Elle s’occupe des 7 troubles émotionnels ( la colère du foie, la joie du cœur, la pensée et le souci de la rate, la tristesse des poumons, la peur et l’effroi des reins), alors que les traditions bouddhistes se consacrent à cultiver les qualités émotionnelles, les attitudes et les comportements positifs tels que les vertus d’amour, de compassion, de joie du cœur, la sérénité et la générosité du foie, la juste mesure de la rate, le courage des poumons, la force et l’aisance des reins dans toutes les situations. Ces énergies émotionnelles renforcent et tonifient les organes. Ainsi on exerce l’esprit en équilibrant les émotions des organes, on désintoxique le corps et les émotions, de cette manière on unifie l’émotion et l’organe, le corps et l’esprit. Les organes physiques et émotionnels s’apaisent, la respiration abdominale est plus profonde et silencieuse. C’est pour ces différentes raisons que les écoles bouddhistes cultivent les vertus telles l’amour, la compassion et la joie à l’aide de pratiques et sutras, comme le sutra de la grande sagesse, « L’Hannya Shingyo », ou « Sutra du Cœur » récité à la fin de la méditation Zen dans le bouddhisme Zen Soto.

L’interdépendance des organes physiques et des identités mentales constituent le corps et l’esprit. La propriété première de la compassion est la reconnaissance des manifestations émotionnelles de nous-même et des autres, sans être déséquilibrée par cette vertu. Les traditions bouddhistes ne considèrent pas la compassion comme une émotion mais comme le fondement de toutes les vertus et les qualités de l’être humain. Les écoles bouddhistes attachent de l’importance à cultiver la compassion qui n’est pas une qualité unique mais en fait composée d’une synergie de vertus telle l’amour, la joie, la générosité, la bonté, l’ouverture, l’acceptation, le courage, l’honnêteté, le respect et l’empathie. La compassion est la plus noble des vertus, favorise la capacité d’aimer inconditionnellement et d’accepter les autres tels qu’ils sont sans souffrir. Elle doit se situer au centre de notre vie, notre attitude doit nous permettre de se libérer de nos propres souffrances et voir les autres se libérer de leurs souffrances. La voie du Zen, c’est à dire la pratique du zen au centre de notre vie fait naître la compassion puis la sagesse du cœur et donnent un sens à la vie dans une démarche Mushotoku en japonais, traduit généralement par « sans but ni esprit de profit ». Toutes les richesses de la compassion telle la bonté, la gentillesse, la douceur, le respect, la bienveillance, l’empathie, le courage, la force, la sérénité, l’amour vont s’exprimer sous forme de bienfaits dans les attitudes envers soi et les autres dans la vie de tous les jours. Toutes les qualités humaines qui prennent soi et l’autre en considération avec des intentions bienveillantes composent l’amour universel. Nous pouvons trouver la sagesse lorsque nous lâchons la colère ou la haine dans certaines situations conflictuelles de la vie quotidienne. La compréhension réelle des choses au delà des contradictions de notre esprit permettra d’avoir l’action juste, la parole juste et la pensée juste au moment opportun dans les événements journaliers où nous sommes tous confrontés. Sans la sagesse, nous ne serons pas en mesure de voir les choses telles qu’elles sont, la compassion risquerait de desservir l’autre avec des intentions non justes. La parole juste, la pensée juste sont un langage vertueux, utile à l’autre qui s’effectue dans l’action juste que si la compassion est accompagnée de la sagesse dans la vie quotidienne. Tous les êtres humains croyants ou non croyants désirent surmonter leurs souffrances et être heureux. Ils souhaitent vivre en bonne santé et connaître le bonheur. C’est la compassion authentique qui rapproche les êtres humains et qui permet de partager les souffrances comme les joies. « Pratiquez ensemble, pratiquez pour le bénéfice de tous les êtres vivants, vous ferez un grand bien et certainement vous trouverez le bonheur infini de tous les bouddhas » disait mon maître Taisen Deshimaru. Dans nos relations avec les autres, les êtres ont la faculté de développer des sentiments de joie, d’empathie, de compassion, d’amour, de patience et de tolérance où cohabitent ni désir, ni attachement. C’est la voie universelle où l’amour ne périt jamais disait mon maître.

Jean-Paul Dutrey
Professeur de Tai Chi & Qi Gong
Praticien en médecine chinoise
Auteur boulonnais :
« Les Quatre Piliers de La Médecine Chinoise »
chez Guy Trédaniel Editeur.

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